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Gérard Leser
h i s t o r i e n f o l k l o r i s t e
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Gérard Leser raconte le monde merveilleux de l'Alsace
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L’automne venait d’arriver et le marcaire se préparait à redescendre dans la vallée avec son troupeau. Mais il avait un jeune veau, maigre et étique, dont il ne savait que faire. Il se dit qu’après tout il n’avait qu’à le laisser dans la ferme, peut-être que les gnomes le nourriraient sinon, eh bien tant pis ! En tout cas il n’allait pas s’encombrer d’un animal chétif qui ne lui rapporterait aucun argent. Et sans plus de scrupules il l’abandonna dans l’étable. Le petit veau meugla sa détresse d’être seul, sa faim, sa soif, sa crainte de l’obscurité, mais le marcaire avait à la place du cœur une pierre ou plus exactement un porte-monnaie et les plaintes du jeune animal le laissèrent insensible, kàlt.

Pendant l’hiver le petit veau a été soigné et cajolé par les gnomes qui se sont installés dans la marcairie, l’investissant dès que le marcaire eut fermé la porte. Au printemps de l’année suivante, après la Saint-Urbain, quand le paysan entra dans l’étable pour voir si tout était en ordre, quelle ne fut pas sa surprise d’y trouver une génisse belle et grasse, e Güscht. D’abord étonné, il se dit que c’était le veau malingre qu’il avait laissé là-haut l’automne dernier et qui avait été nourri par les gnomes, ou Zwarigeler du Hohneck. Il se réjouit et se dit : « Voilà qui va me rapporter encore plus d’argent et ce à peu de frais ! »

Le lendemain matin, le troupeau, une fois la traite terminée, alla paître à côté du ravin et la génisse, s’approchant trop du bord, tomba dans le précipice. Au moment où le marcaire se pencha au-dessus du ravin pour voir ce qu’il était advenu de sa belle génisse, qu’il avait nommée Sterni, car elle portait une étoile blanche sur le museau , il entendit distinctement une voix grave, semblant provenir des profondeurs de la terre dire : « Wer das Kälblein verachtet, ist’s Kühlein nicht wert ! », Celui qui méprise le veau, ne mérite pas la génisse !

C’était la punition des gnomes mécontents du fait que le paysan n’avait pas témoigné de la moindre gratitude envers eux.

Jean BRESCH, 1899, pp. 240-242, Gérard LESER, 1988, p.138